Depuis quelques années, sous couvert d'une (fausse) sécurité organisationnelle, les méthodologies ont produit une démission progressive de l'intelligence au sommet et dans l'encadrement des organisations par une délégation successive de la pensée à l'outil, du jugement à la méthode, de l'observation à la donnée.

Le chiffre d'affaires augmente pourtant on ne voit pas que les clients principaux sont mécontents. la productivité est correcte sur excel mais les équipes sont épuisées et le turnover à venir est souterrain.

Les tableaux de bord sont des rétroviseurs qui nous montrent par où nous venons de passer mais pas ce qui nous fait face.

Cette démission a six formes. Reconnaissez-vous la vôtre ?

1. Vous avez délégué votre pensée à l'outil

La méthodologie étant devenue une grille de lecture préétablie séquentielle linéaire, des process standardisés ont remplacé une grande part des jugements situationnels. On ajoute d'autant plus d'agilité de façade qu'elle est rigide. La quantité de débats autour du terme "agilité" le prouve mieux que n'importe quel argument.

Quand la direction applique une méthode sans l'ajuster au contexte spécifique observé de son activité, elle abdique la décision au profit d'une obéissance méthodologique. Les inquiétudes portent alors sur la pertinence de la méthode au détriment de l'observation de l'activité.

Avez-vous renoncé à penser votre organisation ?

2. Vous avez choisi le confort intellectuel

Observer la réalité d'une organisation est un effort continu, sans fin. La plupart des managers actuels appliquent des automatismes rassurants (check-lists, process...) sans remise en question quotidienne, avec une illusion de maîtrise qu'ils renforcent par des KPIs tous plus éloignés du réel les uns que les autres.

C'est une paresse intellectuelle déguisée en rigueur managériale.

Préférez-vous obéir à une méthode ou comprendre votre réalité ?

3. Vous vous êtes déresponsabilisé

Un des avantages d'une méthodologie est qu'en cas d'échec, elle peut en être tenue pour responsable. Il sera toujours plus facile de considérer que "Le lean n'était pas adapté à notre situation" que de se dire "on a observé le terrain, décidé des actions, assumé les résultats, pivoté en cours de process."

La méthode est devenue un bouclier psychologique contre l'échec, un paravent confortable qui laisse les problèmes intacts.

Votre tableau de bord vous dispense-t-il d'observer ce qui se passe vraiment ?

4. Vous avez peur de regarder le réel

Un dashboard rassurant où tous les indicateurs sont au vert est préféré à une réalité qui peut être angoissante. Si c'est humain, c'est aussi ce qui distingue un exécutant d'un dirigeant.

La réalité du terrain est complexe, changeante, paradoxale, contradictoire et observer vraiment le réel, c'est aussi regarder les problèmes. Diriger, c'est avoir la responsabilité d'agir dessus.

Êtes-vous dirigeant ou exécutant de process ?

5. Vous cherchez la légitimation externe

Votre certification ISO ou votre "best practice" validée par un influenceur LinkedIn devient la sécurité sociale de vos décisions. "Si tout le monde l'adopte c'est que c'est pertinent." Sauf que vous pouvez être nombreux à avoir tort.

Une certification ne garantit pas l'efficacité réelle et la "best practice" de tel influenceur LinkedIn n'est pas forcément adaptée à votre entreprise. Mais vous obtenez l'illusion du "bien fait" sans l'effort de réflexion.

Depuis quand la certification remplace-t-elle l'intelligence ?

6. Vous avez délégué l'observation au système

L'inflation de tableaux de bord, d'indicateurs, d'ERP et de fichiers Excel vous ont donné la croyance qu'ils vous offraient une vision claire de votre organisation.

Un système ne capte que ce qu'on lui demande de capter, il mesure le quantitatif mais n'observe pas l'émergent, l'imprévu, le qualitatif. Un dirigeant et ses managers cessent d'observer eux-mêmes et supposent que les données sont fidèles à la réalité.

Mais la réalité diverge toujours des données.

Pourquoi laissez-vous le process regarder à votre place ?

Lean, Agile, Six Sigma et tous vos tableaux croisés excel ne sont que des outils. Ils sont l'équivalent du régulateur de vitesse d'un véhicule mais n'en font pas pour autant une voiture autonome. Ils n'anticipent pas le nid de poule ni la vieille dame qui traverse devant vous. Il vous revient de regarder la route, les mains sur le volant.

Observer n'est pas mesurer. Les méthodes mesurent. L'observation du réel permet de voir ce que les méthodes ne capturent jamais.

Avez-vous renoncé à penser votre organisation ?