Depuis le 2 août dernier, l'article 50 du règlement européen sur l'IA impose que tout contenu généré par IA doit porter une icône en Europe. Dans le même temps, un mouvement prend de l'ampleur : des professionnels affichent fièrement le zéro-IA, filtrent les candidatures rédigées avec ChatGPT et traquent le tiret cadratin comme preuve de culpabilité.

Il se dessine deux mondes qui se regardent en chiens de faïence avec d'un côté, la transparence imposée accompagnée du rejet revendiqué et de l'autre ceux qui l'utilisent.

Il me semble que, de manière générale, on se trompe souvent à aborder les sujets importants par un raisonnement dichotomique.

L'apparition de l'IA dans nos vies professionnelles et personnelles est, comme l'affirment certains, une révolution majeure semblable en plusieurs points à celle de l'invention de l'imprimerie, de l'électricité ou de la machine à vapeur. Sauf que là où ces inventions historiques, en tant qu'outils, ont mis plusieurs décennies voire plusieurs siècles à transformer la société, l'IA provoque un changement fulgurant et participe à des tâches qui demandaient auparavant de l'intelligence humaine.

C'est une révolution transversale de la productivité qui pourrait transformer économie, éducation, recherche, médecine, Droit, création, guerre, démocratie... et chaque bouleversement de civilisation porte son lot de destruction, de risques et de dangers.

Pourquoi et comment j'utilise l'IA

Dans mes diagnostics d'entreprise, l'IA m'aide à trois endroits très précis.

L'IA n'est pas capable

Chat GPT n'a jamais eu une conversation en vis-à-vis avec un dirigeant à 7h du matin avant un comité de direction tendu. Il ne sait pas ce que j'ai vu dans les yeux d'un salarié au moment où il a compris que sa question ne serait pas posée en réunion. Mes observations et leurs analyses viennent de là, du fond des situations. L'IA ne voit pas, n'entend pas et n'analyse pas le système à ma place. Elle en est incapable.

Elle ne va pas sur le terrain et n'observe pas le regard que deux personnes échangent quand un sujet sensible arrive sur la table, elle ne sent pas la tension et le poids du silence dans une salle avant qu'ils ne s'expriment en mots.

Elle n'a pas de mémoire des organisations que j'ai accompagnées, des problématiques que j'ai rencontrées et dépassées et qui ont façonné ma méthode, des schémas que je reconnais. Elle n'a pas ma sensibilité ni ma connaissance des êtres humains et ne sait pas reconnaître un mensonge.

Enfin elle ne décide jamais de ce qui compte. Et je me méfierais comme de la peste d'une décision qu'elle se croirait en position de m'imposer.

Je l'utilise sans complexe

La question "IA ou pas IA" est mal posée. La vraie question, c'est : qui fait le prompt, sur quoi, qui décide, qui vérifie, qui engage sa signature mais surtout « ce résultat IA est-il juste, utile, nécessaire ou pertinent ? »

Le problème n'est pas l'outil qui permet un accès à une forme de capacité intellectuelle mais la lacune de capacité intellectuelle qui emploie un outil qui ne va faire que l'augmenter.

Un monde sans IA est déjà un souvenir

Je comprends la méfiance car elle est légitime. Les fils d'actualité sont saturés de contenus insipides identiques. Ce rejet-là, je le partage. Je reste par ailleurs très méfiant sur les dérives que cette technologie pourrait engendrer.

Mais croire qu'on peut ou qu'on doit, revenir à un monde sans IA est une pensée qui tente de stopper ou freiner quelque chose qu'elle ferait mieux de dompter un minimum, car le bouleversement est irrémédiablement en marche. Qu'on le veuille ou non.

Une question majeure subsiste : comment allons-nous prendre en charge le coût énergétique et écologique colossal de cette technologie...