Tout le monde connaît le mythe de Sisyphe, héros ultime de l'absurde, condamné par les dieux à l'impossible, poussant une pierre vers le haut de la montagne, obligé de recommencer sans cesse car celle-ci retombe sur l'autre versant.

Camus disait de Sisyphe qu'il convenait de l'imaginer heureux malgré l'absence d'espoir car son abandon de l'illusion de réussir faisait de lui ce héros qui trouve une forme de victoire dans la capacité à continuer encore et encore malgré l'absence de résultats.

Curieusement, beaucoup de dirigeants se comportent comme Sisyphe, alors que les résultats sont par principe le cœur et la raison d'être des entreprises.

Ils dirigent et font des choix stratégiques mais reviennent souvent au point de départ sans avoir le résultat escompté. Ils n'échouent pas réellement, ils réussissent à recommencer.

Dans sa malédiction, Sisyphe pousse son rocher mais n'est jamais indécis. Il décide de pousser, encore et encore mais il ne tranche jamais, il ne coupe jamais le nœud du problème. Il est à la fois perpétuellement actif et perpétuellement sans résultat vraiment tangible. C'est justement cette contradiction, décider d'agir tout en sachant que l'action ne mènera nulle part, qui fait de lui ce héros absurde.

Décider vient du latin decidere (hors de) et caedere (couper, trancher), c'est littéralement couper hors de, éliminer les autres options, trancher dans le vif.

Décisif désigne ce qui contribue grandement à trancher une question, ce qui règle la question une fois pour toutes. C'est l'action déterminante qui amène au résultat.

Sisyphe ne tranchait jamais et ne coupait jamais le nœud du problème. Sa punition divine lui empêchait de voir et d'arpenter une autre stratégie.

Mais vous, sauf maraboutage, vous avez la possibilité d'arrêter de réussir à recommencer.
Vous pouvez faire le choix d'arrêter de pousser sans résultat.

Décider sans voir, c'est pousser sans progresser.
Voyez vous clairement ce qu'il faudrait trancher pour cesser d'être obligé de recommencer ? Car on ne peut couper que ce qu'on voit et c'est là que réside le paradoxe du dirigeant d'entreprise : parce que vous connaissez votre organisation mieux que quiconque vous ne voyez plus certaines choses.

Daniel Kahneman, prix Nobel d'économie, a démontré que notre cerveau construit en permanence le récit le plus cohérent possible à partir des informations disponibles. Ce récit est stable et rassurant, mais il est souvent faux en tout ou partie.

Plus vous êtes dans l'entreprise, plus vous vivez dans son narratif.

Plus vous vivez dans son narratif, plus vous reproduisez les mêmes décisions avec l'énergie de Sisyphe et le résultat de Sisyphe.

Dans le même temps, votre organisation parle par ses compensations, ses rigidités, ses saturations, ses retards, ses marges qui disparaissent, ses signaux faibles.

Entendez vous ce qu'elle dit ou êtes vous trop occupé à pousser le rocher ?

Il existe deux types de décisions :

- Celles qui règlent un problème dans l'instant, permettent de continuer, font avancer le rocher. Elles sont nécessaires mais insuffisantes.

- Celles qui tranchent, qui coupent les cycles, modifient la trajectoire, créent une rupture dans la répétition. Celles là supposent de voir ce qu'on ne voit plus.

Un regard incisif produit des décisions décisives.

Incisif a la même racine latine que décisif, Caedere, couper, pénétrer, aller là où le regard ordinaire ne va pas.

Vous pouvez arrêter de pousser pour rien.

Un diagnostic terrain réalisé par quelqu'un qui n'est pas contaminé par votre narratif interne, quelqu'un qui a une acuité aiguisée, produit une cartographie précise de ce qui devrait être tranché et que vous ne voyez plus parce que vous êtes dedans.

C'est ce que je fais en cinq jours.

J'identifie toutes les problématiques que vous ne voyez pas pour que vos choix deviennent décisifs et que vous arrêtiez de pousser sans résultat.